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Le 3 septembre 1939, à 17 heures, M. Edouard Daladier, président du Con- seil, s'adresse à la France depuis la Chambre des députés (Assemblée Na- tionale). Les rues sont désertes, chacun se trouvant à l'écoute du poste de TSF (radio). Il s'agit de la déclaration de guerre à l'agresseur et un appel à l'unité nationale. Dès les jours suivants, les trains spéciaux sont formés et à 12h30 un départ est organisé en gare de Libercourt. En plus des Français, les  Polonais, appelés ou volontaires, présents, doivent rejoindre Coetqui- dan. Quelques musiciens disponibles exécutent chaque fois les hymnes fran- çais et polonais. Les adieux sont parfois très déchirants mais toujours em- preints d'une très grande dignité. Le corps expéditionnaire britannique ne tarde pas à débarquer en France. Dans notre secteur, il s'agit d'unités du gé- nie. Les soldats sont chargés de construire une ligne de défense du côté de la frontière belge. Ils sont logés dans des salles et certaines habitations. Leurs relations avec l'habitant sont excellentes. Quelques alertes aériennes sont à signaler. Dans certaines industries, dont l'usine à goudron, les mas- ques à gaz sont distribués et ceux-ci doivent être obligatoirement à portée de main lors des déplacements du domicile au lieu de travail.                             Le 10 mai au matin, Libercourt s'éveille au son de la DCA qui prend en chasse un avion allemand.                                                                                                         Le 11 mai, un bombardier allemand de type Dornier est abattu par la chasse britannique, recevant le coup de grâce au-dessus de Libercourt.                      Le 21 mai, à 8h30, un train chargé d'obus se trouve en voie de garage  en gare de Libercourt. Il est sur volé par un bombardier type Dornier. Le pilote aurait, paraît-il, fait un signe de la main, invitant les nombreuses personnes se trouvant sur les quais à s'éloigner. L'avion revint ensuite pour un second passage et lâcha deux bombes de faible puissance. Au troisième passage, ce fut de nombreuses bombes incendiaires, l'une d'elles mettant le feu à un wa- gon de munitions. L'explosion était inévitable et ses conséquences considé- rables : l'usine à goudron jouxtant la gare renfermait de grandes cuves plei- nes de produits inflammables. Le geste héroïque de M. Gaston Saint-Ghislain qui décrocha la partie du train en flammes sauva Libercourt d'une véritable catastrophe. Le canon gronde, il tonne de plus en plus près. Une batterie d'artillerie ins tallée provisoirement dans le bois au lieu-dit "Le Prépoire" est prise à partie par l'aviation allemande. De nombreux éclats seront retrouvés dans les arbres et poseront de sérieux problèmes aux bûcherons. Quelques obus d'artillerie légère tombent dans les jardins autour du passage à niveau du Moulin. De tout petits éclats seront retrouvés dans les légumes lors de la consommation ou de la cuisson.                                                                                  Le 27 mai arrive, la nuit vient de tomber. Soudain, des coups de feu éclatent du côté de l'église et des hurlements se font entendre. Les soldats alle- mands se livrent à des actes de sauvagerie en tirant et lançant des grenades dans la cave de M. Jules Godart. Son épouse, née Aline Hottin, est tuée et sa très jeune fille Jeanne est blessée. La soeur de M. Godart, Madame Herbaut, née Germaine Hottin est grièvement blessée et ne devra son salut qu'au courage de quelques habitants appelés par sa fille Marie, alors âgée de 11 ans.                                                                                                                                 Le 14 juillet, une escadrille de chasse britannique survole Libercourt. Son ap- parition soulève l'enthousiasme dans le coeur de ceux qui ne perdent pas espoir. Les liaisons radio avec Londres seront très nettement améliorées fin 1940-début 1941. A cette date, un réseau de renseignements relié à l'Angle- terre est mis en place dans la rue du Cornet. Les deux principaux organisa- teurs sont Eugène Ringeval et son épouse, née Palmyre Baudoux qui parle et écrit parfaitement l'anglais. Des messages codés leur sont régulièrement a- dressés par Radio Londres. Leur habitation est également le lieu de passage de pilotes alliés abattus et récupérés afin de les aider à rejoindre l'Angleter- re.                                                                                                                                     Le 21 octobre 1941, une rafle opérée de nuit décapite l'organisation générale du réseau. Lib_ration_de_Libercourt_006_Jpeg_100 Tous les membres sont arrêtés et emprisonnés. Après de nom- breuses tortures, ils périront pratique- ment tous dans les camps de la mort ou décapités à la hache. Depuis 1945, la rue du Cornet porte le nom de rue Rin- geval. Un détachement allemand, com- posé d'environ 20 soldats, prend quar- tier dans une partie des bureaux de l'u- sine à goudron. Il sera chargé de la po- lice sur Libercourt et surtout de la sur- veillance des voies ferrées au moyen de très nombreuses patrouilles. En 1943, il changera de lieu et prendra cantonnement dans un grand bâtiment situé près de la gare, de l'autre côté de la voie ferrée. Les Allemands y reste- ront jusqu'au soir du 1er septembre 1944, date à laquelle ils l'incendieront en prenant la fuite devant l'avancée alliée. Entre temps, en cette année 1941, la résistance tente de s'organiser à Libercourt. La grève des mineurs don- ne un véritable coup de fouet car, malgré la répression qui suivra, elle prou- ve que l'on peut et qu'il faut lutter et combattre l'occupant.                                                                                              Le 14 juillet 1941, Radio Londres demande que cette journée soit tricolore. L'après-midi, malgré les nombreuses voitures allemandes qui traversent les rues, trois jeunes Libercourtois déposent une gerbe au Monument aux Morts.                                                                                                                               Année1943. Libercourt est toujours survolé, de jour comme de nuit, sans toutefois être bombardé. L'explication en fut donnée après la guerre par un ancien officier pilote de la R.A.F. La voie de chemin de fer venant de Lille se sépare en deux parties, l'une en direction de Douai, l'autre en direction de Lens, formant un Y. Avec le canal de la Deule en plus, cela formait et offrait un repère de premier ordre pour les passages ou le rassemblement d'esca- drilles.                                                                                                                               6 juin 1944. Dans la matinée, l'extraordinaire nouvelle nous parvient de Londres. Le débarquement allié a débuté sur les côtes normandes. En fin d'après-midi, de Londres, le général de Gaulle, prononcera la phrase restée célèbre: " La bataille suprême est engagée". En juillet, l'état major de la Résistance reçoit l'information selon laquelle le camp ukrainien, près de la gare, vide de ses occupants, doit accueillir du matériel allemand. Sa destruction est décidée avant l'arrivée de celui-ci. En pleine nuit, au nez et à la barbe des Allemands cantonnés à la gare, un commando de résistants libercourtois pénètre dans le camp et l'incendie. Sa totale réussite fait grand bruit à cause de son audace d'exécution et de sa précision. La répression nazie redouble. L'occupant décrète à Libercourt l'état de siège. Son application est totale et impitoyable. Dès sa levée, les précautions redoublent mais il faut se familiariser avec les nouvelles armes reçues. Les démonstrations ont lieu dans une habitation de la cité de la Paix (près de la gare) ainsi que dans une grosse bâtisse du Petit-Wahagnies.                            Le 17 août, une très importante réunion de hauts responsables de la Résistance a lieu dans la maison de M. Montuir au Petit Wahagnies (servant de lieu de réunions depuis longtemps).

Lib_ration_de_Libercourt_002_Jpeg_100                    Le 18 août 1944, un avion allié, type Mosquitos, mitraille une locomotive al- lemande immobilisée face aux Etablissements Théodat. Deux bombes lan- cées pour atteindre la voie ferrée ratent leur but. L'une détruit le café de Mme Sidonie Desbiens, au passage à niveau du Moulin, l'autre l'habitation de M. Paul Vanduren (place Verdun). Le 25 août, Radio Londres annonce la libé- ration de Paris par la 2ème division blindée du général Leclerc. M. Jean-Baptiste Bigotte âgé de 68 ans, sonneur attitré à Notre Dame de Libercourt, se dirige vers l'église et les cloches sonnent alors à toute volée. Le 2 septembre 1944, à midi, la liaison avec les premiers chars anglais est réalisée. Ils rentreront dans le village en début d'après-midi.

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La guerre de 1939-1945 a coûté au village : 20 soldats, 2 résistants à Liber- court en 1944, 6 résistants fusillés par les nazis, 6 résistants morts en dé- portation et 17 victimes civiles.                                                                

Monsieur Pierre SAVOURAT                                              Patron de la S.U.L. (usine à goudron), il prit de très grands risques pendant l'Occupation en cachant des résistants dans son établissement. Il leur fournissait de faux documents afin de leur éviter le départ en Allemagne ainsi que des cartes de circulation pendant le couvre-feu en qualité de travailleurs de nuit, ce qui aida beaucoup les actions noctur- nes. Après les hostilités, il ne souhaita pas que sa conduite élogieuse fût connue. Il est décédé en 1991.

Monsieur Louis THEODAT                                                  Patron des Etablissements Théodat, il prit lui aussi d'énormes risques. Il n'ignorait rien des activités des membres de la famille Ringeval employée dans son usine. Il les proté- gea jusqu'au jour de leur arrestation par la Gestapo en 1941. Il devait aussi assurer le ravitaillement de clandestins et de pilotes alliés en instance de regagner l'Angleterre. S'étant spontanément mis au service de la Résistance pendant les combats de la Libé- ration, il assura avec son véhicule le transport sur les lieux des combats, d'armes, d'hommes et de blessés à évacuer. Lui aussi souhaita demeurer dans l'anonymat. Il est décédé en 1954.   

 

(Source : "Libercourt, des origines à nos jours")